L’image retrouvée

L’IMAGE RETROUVÉE

Un entretien imaginaire avec Alice et Pascal.

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Q. Après visionnage des « ours », on a remarqué beaucoup d’ interviews dans presque tous les films…

A&P : Les réalisateurs construisent le récit à partir des interviews. Ils ne font pas confiance aux images! Ils les utilisent principalement en illustration alors qu’elles ont un potentiel narratif bien plus important. Il faut donc leur montrer comment les paroles ont tendance à réduire la construction du sens, en appauvrissant les différentes significations des situations filmées.

Q. Comment démonter ce système de récit ?

A&P : Quand c’est possible, on retravaille directement les séquences avec les monteurs: dans un premier temps, il s’agit de redonner aux séquences d’ambiance et d’activités leurs autonomies dans le film. Les situations qui peuvent sembler anodines reprennent leur part dans la narration et elles allégent le poids des paroles. Par la suite, on utilise une méthode simple et assez efficace: on construit chaque situation qui nécessite des paroles, en commençant par poser une série de plans sans paroles. À partir des plans qui se prêtent à ce « jeu » (un gros plan de personnage, un travelling sur un personnage,…), la voix-off du personnage libère l’enchaînement des informations utiles pour la progression du récit.

Q. On dirait que souvent les informations délivrées par les sons et les images sont synchrones.

A&P : C’est vrai! On nomme ce qu’on montre (ce qui vient, bien entendu, de l’expérience du reportage). Pour changer cette forme de compréhension – et montrer en pratique l’intérêt du décalage image/son – les réalisateurs et les monteurs sont invités à bouleverser constamment les débuts et les fins des séquences.

Q. Au début les réalisateurs ont écrit une sorte de scénario…

A&P : Oui, et par la suite ils respectent excessivement l’ordre des séquences! Nous avons insisté pour que la progression du récit s’appuie sur l’intérêt et la différence de potentiel entre les différentes matières filmées.

Q. Il y a beaucoup d’effets: fondus, ralentis…

A&P : L’ajout systématique de certains effets visuels et sonores sur les plans (ralentis, recadrages, zooms, sons post-synchronisés…) souligne artificiellement les sentiments des personnages et les émotions portées par les images et les sons. Cette recherche de l’émotion peut se construire autrement, par l’assemblage de certains plans bien choisis.

Q. En quelques mots, quel est le but de votre travail ?

A&P : En accompagnant les montages, nous essayons d’aider les équipes à se détacher d’une culture dominante, issue de la télévision. Celle-ci conditionne le spectateur avec le recours au « spectaculaire ».
Nous travaillons sur comment retrouver des sensations liées aux détails des images et des sons. Chaque spectateur aura accès ainsi à un imaginaire libéré de tout formatage qui fait écho à son propre vécu. Ambitieux, n’est-ce pas ?

Q. Merci!

Une réponse à “L’image retrouvée

  1. Pingback: Do.Ku 3 n’est pas fini… « doku 3

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